|
|
|
Je n'écrivais plus depuis un certain temps, car, quand ce n'était pas l'inspiration qui me manquait, c'était l'origine même de l'inspiration qui me dégoûtait. Toutes ces choses que je constatais, tout ces comportements que j'observais, tout ces évènements qui étaient liés ou non à ma vie, m'incitaient à ne plus écrire et importunaient mon humeur créative.
Mon retour de vacances ne m'avait pas aidé, à Paris. Je restais coincée sous le soleil du sud et son ciel d'azur, ses criques polynésiennes et ses cigales, ses odeurs de pins, son insouciance. Je prenais de désolantes postures, dignes d'une héroïne solitaire et désabusée, qui n'avait rien de mieux à faire que d'écouter le calme olympien du mois d'Aôut à Paris.
Je m'ennuyais sévèrement. Et, à mon goût, comme de l'ennui, naissait la réflexion, je ne trouvais pas mieux que de m'interroger sur le bien fondé de certains évènements de ma vie, souvent provoqués par des rencontres, qu'avec du recul, j'aurai dû éviter.
Bêtement, en fait, je m'interrogeais sur les cons, leur surprenante manière de l'être, et leur étonnant dépassement de soit pour accéder à la bêtise. L'avais-je moi-même été ? Je faisais le détail du nombre de cons qui avaient croisé ma route et je me disais que j'aurai préféré qu'ils ou elles passent leur chemin.
Quoique.
Je considérais la connerie comme une discipline, un sport, une vertu. J'imaginais le con, travaillant sa victime au corps, préparant de salasses répliques, attendant le bon moment et la bonne personne pour faire éclater, brillamment le croyait-il, la couillonade inattendue. Et je me disais que, nous autres, par simple solidarité, riions de la bagatelle pour lui éviter le drame. C'est ainsi que le con ignore qu'il l'est. Il est question ici du con sympathique, le con qui l'est un jour sur deux, possédant tout de même quelques élans de lucidité pour l'aider à briller en société de part son humour gras, qu'il trouve, lui, désopilant.
Quand au con qui faisait exprès de l'être, alors ça, c'est une autre histoire.
Le con « comédien » est plus agressif que drôle. J'avais d'ailleurs passé quelques mois en compagnie d'un con de ce genre. Le genre de con qui pose des questions stupides, devant lequel- et par là même, lesquelles - on reste bouche bée. Le genre de con qui rend le quotidien stressant, horripilant, et fade. Le genre de con qui sait qu'il l'est et qui ne se donne pas les moyens de ne plus l'être. Comme s'il se complaisait dans ce vil comportement. Cependant, vu que la conne réflexion que j'étais en train de me faire m'aidait à écrire, je me disais que je la devais à tous ces cons et je me demandais, si au contraire, ils ne m'avaient pas aidés.
Car si je n'avais pas croisé la route de mon dernier con, je me serai ennuyée quelques mois. Car le con, le vrai, demande une attention toute particulière. Le vrai con est un théâtre à lui tout seul et offre le spectacle, gratuitement, au petit bonheur de son espièglerie. Si l'on ne réagit pas face à un vrai con, sa causticité perd de sa superbe et alors, il devient moins con. Certes, cette riposte pouvait aider à l'accalmie mais ce n'était pas pareil. Je l'avoue, parfois, je me demandais si mon con avait égaré son sadisme dans les méandres de son l'intellect, s'il avait baissé les bras devant mon silence, en bref, s'il n'était pas déçu d'être confronté à plus con que lui. Alors, parfois, il tentait une approche, caustique, mais pas assez subtile à mon goût, puisque je sentais le coup de traffalgar à plein nez. C'était comme si l'atmosphère avait mis en suspend les stigmates du pédantisme, laissés au repos la veille pour qu'ils soient meilleurs le lendemain. L'effet était magistral : mon con crevait l'abcès d'une bassesse bien réfléchie et tel un héros de seconde zone, était fier de son coup de maître.
Je me dis que j'ai été bien conne de m'encombrer d'un con si longtemps, mais, que, quand même, je le remercie de m'avoir inspirer ces quelques mots.
Finalement, valait-il mieux être le con où le souffre douleur du con ?
|
|
Quand tout va mal, j'aime à me rappeler d'un moment court, délicieux, suave. En ne faisant aucun effort de mémoire, en fermant les yeux, en écoutant le silence que je brise avec un air d'Henri Salvador, je vois une plage en Corse, à dix heures du matin, désertée et je bois un café. Juste un petit café au soleil, au bord d'un coin de paradis. C'est délicieux, c'est reposant, et ça se passerait presque de commentaire.
Texte inspiré par Misterfred, Ce matin là.
|
|
Il apparaissait que j'étais une artiste. Je ne niais pas avoir en moi ce brin de folie nécessaire à la créativité. C'était justement dans ce « brin de folie » que résidait un problème de taille, une inquiétude qu'il me paraissait utile d'étudier pour mieux l'accepter. Car si l'inventivité, dans quelque domaine que ce soit, impliquait fatalement une infime source d'hystérie, je n'en restais pas moins sceptique voire, terrifiée. Non, je n'étais pas atteinte d'une quelconque folie, passagère ou inéluctable, je ressentais juste le besoin de m'exprimer, d'unir la justesse des mots à ma vision du monde, des hommes qui le peuplent et de ce qu'ils en font.
L'observation à outrance et manifestement irrépressible aboutissait, pour ma part, à des élucubrations littéraires en tout genre. Et c'était dans ces moments là que je comprenais fort bien que la créativité dépendait de l'inspiration du moment, de ce que mes anonymes compagnons de route me laissaient entrevoir de leur existence, de ces agissements insolites qui, parfois, dépassaient l'entendement, ce qui me laissait penser que je n'étais atteinte d'aucune forme d'aliénation.
Encore un paradoxe surprenant quand on recherchait à rendre l'art esthétique. Car il ne se déroulait pas toujours de jolis instants et quand, à la dérobée, je m'emparais de ce qui m'interpellait, je n'étais pas fière d'en pondre autant de lignes. C'était en ce sens là que j'estimais que l'art perdait de sa superbe en entrechoquant de si simples verbes à de si cruelles situations.
Certains épisodes, émaillés de preuves presque bucoliques, aux allures de cartes postales contrebalançaient heureusement l'éphémère contenance des périodes grises. De quoi soulager ma mauvaise conscience de se rassasier artistiquement de peines visibles à l'œil nu qui n'avaient pas d'autre alternative que se dénuder, publiquement.
Je pourrai finalement croire que la création incluait un peu de folie puisqu'à trop réfléchir sur les injustices dont je ne dépendais pas, sur les malheurs dont j'en réfutais, à juste titre, le tort, je transcrivais néanmoins ces inspirations brutales, en les écrivant. Je me disais qu'il fallait être un peu fou pour prendre du plaisir là où il n'y en avait pas. En fait, c'était plus de l'égoïsme car un esprit peu artistique ne se réjouirait pas de tant de malheurs. Je me consolais avec certaines éminences de la photographie, de la peinture ou de la musique qui racontaient comme personne les résultats de leur inspiration au grand public en supportant de s'entendre dire qu'ils étaient torturés.
Quelque part, l'artiste est ainsi. Sans doute a-t-il, lui aussi, ses instants malheureux qu'il rêverait de voir écrits ou photographiés. Il paraît qu'il faut de tout pour faire un monde et le brin de folie en fait surtout partie...
|
|
J'étais en panne d'inspiration. Les mots me manquaient et je passais mon temps à écrire des phrases puis pressais frénétiquement la touche «suppr», insatisfaite. Un mot posé, un mot effacé, un mot posé, un autre effacé et ainsi de suite.
Le pire, c'est que les idées ne me faisaient pas défaut : elles germaient, toute la journée, par dizaine alimentées de saynètes balnéaires forts curieuses qui méritaient une attention toute particulière. Des personnages hauts en couleur nourrissaient mon esprit inlassablement vide, de leurs querelles de couples, de leur nudité parfois dérangeante, d'une nonchalance latine et d'un amour familial démesuré. Ce que je voyais me faisait penser que la filmographie d'Almodovar , au demeurant caustique, n'avait rien de si excessif.
Je remarquais aussi que les Espagnols avaient beaucoup d'idées, eux, mais une étrange façon de les réaliser.
Je trouvais qu'ils compliquaient les choses. Chez les Espagnols, un problème devenait celui de tous, de l'arrière Grand-Mère au dernier Petit-Fils, et toutes discussions, à la base constructives, déviaient vers des horizons insolites où l'ombre d'une conclusion était bien rare.
Trouver une solution rapide ne faisait pas partie de l'art de vivre Ibérique.
Je me demandais comment une région si historiquement riche, avait pu construire autant de monuments avec une telle désorganisation...
Peut-être était-ce la clef de la réussite ? La certitude que quinze têtes valaient mieux que deux était un peu difficile à admettre. Encore plus difficile lorsque toutes les têtes se mettaient à penser en même temps et surtout, à très hautes et intelligibles voix.
J'étais donc le témoin inopiné de la création d'un authentique tableau hispanique, in vivo, révolutionnant la simple circonstance en mélodrame chronique.
Finalement, c'était un cadeau que me faisaient mes racines, en ravitaillant ainsi mes neurones assoiffés de renouveau. J'avoue avoir profité pendant plusieurs semaines du quotidien de mon Espagne, vivant la nuit plus que le jour, m'offrant un laxisme exceptionnel, permettant à mon stress quasi endémique de se perdre à son tour dans les lois méditerranéennes, aussi étranges puissent-elles être...
Texte écrit à l'aide de mon Père.
|
|
Je m'interrogeais sur la valeur des mots, leur poids, leur sens, leur impact, leur force et leur faiblesse parfois. Le choix d'un mot est lourd de conséquences car le pouvoir de qualifier le ressenti par un seul et unique mot est, à mon goût, comme défier la sensibilité de celui qui l'écoute.
Il est tellement simple de parler sans réfléchir et donc, tellement simple de faire du mal. Sans doute et à l'inverse, si compliqué de faire le bien. Je remarquais que l'être humain avait une facilité déconcertante à user d'allocutions négatives mais une étrange difficulté à faire l'inverse. A qui la faute ? Aux mots ? À un manque cruel de vocabulaire ? En pensant à la chose, je me disais que la complexité résidait dans une forme de honte, où, peut-être, de timidité. Les êtres humains avaient de plus en plus de mal se dire des mots doux.
Je ne blâmais personne.
Un mot doux. Rien que l'adjectif résonnait à mes oreilles comme une saison de Vivaldi. Il y a dans le mot «doux» une consonance délicate et une phonétique gracieuse qui s'accordent à la perfection avec la finalité de sa prononciation. Cet examen du terme me rappelait J. M Ribbes traitant de l'importance de la lettre T dans les mots et indiquant «qu'un mot sans T est un mot qui va bien». Et pourtant : «je t'aime» contient la lettre T...Alors Monsieur Ribbes, que fait-on de l'exception qui confirme la règle ? «Je t'aime» est bel et bien un mot doux et dire «Je t'aime» c'est à l'évidence apporter la preuve d'un état d'esprit peu contrarié...
Le mot doux supportait pourtant une cruelle ambigüité. Silencieux, il faisait mal. Et trop souvent, il fallait le deviner, le supposer, le chercher, faire comme s'il était dit alors qu'il était tût. Il n'était pas à la portée de tous. J'imaginais qu'un groupuscule militait, discrètement, contre ces mots doux trop souvent oubliés, se battait, malgré les tristes revendications du mouvement adverse, contre le dialogue tendre accordant sa part de certitude et de sécurité.
Je pensais à ceux qui n'avaient jamais entendu un seul mot doux de leur vie...A ce titre, ce petit texte, écrit à la demande de Tony, s'adresse aussi à ceux pour qui les mots doux sont inexistants.
|
|
Je tenais à préciser que le logo de mon blog est l'affiche du 3ème festival des Mots; malheureusement je n'en connais pas l'auteur, qui j'espère ne m'en voudra pas d'utiliser cette image ici.
Les photos sont réalisées par Alain que je remercie également pour ce travail de longue haleine...
|
|
La nouvelle rubrique d'un quotidien parisien avait attiré mon attention. Des coups de foudre, pour l'heure, à sens unique s'adressaient à des citoyens et citoyennes lambdas et des mots doux étaient déversés sur un papier recyclable. Je trouvais curieux qu'il faille passer par l'anonymat d'un pseudonyme pour crier son amour à un inconnu.
Le mode opératoire me dépassait par cet étrange paradoxe qui, à mon avis, traduisait un réel besoin de communication. Je trouvais l'idée séduisante grâce à ces auteurs d'un jour, d'une heure, qui, désireux de déjouer une timidité maladive, préféraient nourrir notre curiosité par un passage à l'acte courageux.
Cependant, je concluais à l'échec cuisant de ma génération qui communiquait de manière virtuelle, par le biais de courriers électroniques, de textos, de forums, de blogs, de messageries instantanées, de sites de rencontres, de courrier du cœur... Tout cela m'attristais même si je faisais partie de ceux qui profitaient au maximum de ces nouvelles technologies à double tranchant.
A mon goût, les trentenaires détournaient le problème. Certes, nous devenions une tranche d'âge majoritairement célibataire mais surtout, une entité livrée à elle-même, coincée entre le travail et les transports en commun. Le concept «métro, boulot, dodo» nous écorchait vifs. Le temps faisait son œuvre, interférait sur un mode de vie que nous espérions secrètement plus sain, plus zen, plus...romantique (?)
Pourtant, si autant d'outils étaient mis à notre disposition, si des journaux gratuits tendaient la perche à nos âmes esseulées, si les sites de rencontre fleurissaient et infestaient nos boîtes mails sans que nous y adhérions, il était évident que nous faisions face à un problème de taille tout en optant pour la politique de l'autruche. Regardons-nous sans nous regarder, aimons-nous sans nous aimer vraiment, parlons nous avant de nous plaire...Je trouvais cela pathétique et je comparais ces technologies nouvelles à un kit de survie. Nous abordions la chose sans trop nous dévoiler, attirant, par des déclarations, pas toujours délicates, des cœurs que nous espérions solitaires et solidaires des nôtres.
Où était donc passé le charme fou des rencontres fortuites qui nous poussait à la discussion ? Qui avait volé l'authenticité d'une jolie rencontre ? Parfois, on voudrait que ce soit comme dans les films, c'est tout comme, mais dans le métro...
|
|
A arpenter les rues de la Capitale, je remarquais que la politesse n'était pas le fort de mes concitoyens. Je me disais que nous n'avions pas du être élevés sur la même planète. Même si je faisais l'effort d'être polie envers mon prochain, ce qui sous-entendait un certain savoir vivre, le retour de manivelle se faisait rare, quasi inexistant, invisible.
Je divisais Paris en trois zones de Politesse, chics, bobo, populaires, et, selon mon humeur, passait du temps dans l'une ou l'autre selon le besoin de reconnaissance.
Les limites de faubourgs ne se tenaient qu'à un pas géographique et la politesse de chacun, à un fil. Elle changeait du tout au tout, en une rencontre, en une seconde.
Dans les quartiers chics, je percevais une revendication sage, discrète et élégante d'un impressionnant pouvoir d'achat qui impliquait une politesse à sens unique, une politesse impolie. Les Bonjour, Merci, Au Revoir tant attendus, en retour d'une locution sympathique, prenaient une route inconnue, se perdaient dans de flous détours et finissaient par n'être ni prononcés, ni même supposés. C' était agaçant.
Chez les Bobos, je prenais conscience que la courtoisie urbaine s'exprimait au gré des envies et répondait à ses semblables avec une sincérité, parfois ridicule, et un élan du cœur que l'on n'envisagerait pas en d'autres circonstances. Plus on appréciait l'hôte, plus on était poli avec lui. La conséquence linguistique était musicale, presque chantante : merci (iiiii), au revoir (oirrrrr), bonjour (ouuuur). Par principe et eut égard à cette population qui se pliait trop souvent aux vestiges des années soixante-dix (Woodstock, mon Amour «Trois jours de paix et de musique (...)Promène-toi pendant trois jours sans voir un gratte ciel ou un feu rouge (...) Fais toi bronzer (...) Respire l'air pur.»), je restais tolérante, ayant une pensée sincère pour mes aînés qui s'étaient exposés au pavé parisien.
Dans les quartiers populaires, la politesse était polyglotte et exprimée au moyen de cris, d'une fenêtre à l'autre, d'un trottoir à l'autre, souvent accompagnée de mains sur le cœur. La politesse se faisait entendre, un peu trop parfois. Elle était excessive, mais, sans le moindre doute, authentique. On était poli avec tout le monde, même avec ceux que l'on ne connaissait pas.
Il existait cependant des exceptions au manque de savoir vivre parisien. Et pour cause : j'avais été victime de cette mauvaise réputation car l'on m'appliquât injustement, la thèse du «il vaut mieux l'avoir en journal».
Alors que j'allais prendre le métropolitain et traversais les tripodes, je tenais la porte à un couple de touristes Français, perdu, le nez dans un plan. Ils m'avaient vu, leur tenant cette fameuse porte mais ne se dépêchèrent pas pour autant. Je ne pu m'empêcher de leur faire la remarque de ce manque de politesse en soupirant. L'homme s'exclamât : «Chérie, la jeune fille soupire parce que tu ne lui as pas dit merci...ces parisiens, c'est incroyable, ils ne sont jamais contents et ils font toujours la gueule ».
Finalement, je m'interrogeais : La politesse avait-t-elle un prix ? Etait-elle exprimée en fonction de la caste ? Etait-ce un moyen d'obtenir ce que l'on désirait ? Etait-on poli par reflexe ? Par intérêt ? Par nature ? Civiquement votre...
|
20 notes (3 Pages, 8 par page) [ 1 | 2 | 3 ]
|
Caro, fonctionnaire à temps plein et écrivain en herbe à temps partiel, 30 ans, passionnée de lecture, passionnée des mots. Merci de votre passage sur Les Mots de Caro
|
|