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09/11/2008 23:58
Ecorchée vive  1 commentaire

Je ne savais pas manier les sentiments. J'étais parvenue à cette désolante conclusion à force de vivre dans le giron de la solitude, qui, selon moi, m'avait adopté et décrété que j'en serai un de ses membres les plus actifs. Etre seule c'était considérer le temps qui passe en trouvant absolument l'apaisement pour contourner l'ennui. Je trouvais triste de n'avoir qu'un seul avis, sur tout.


Il me fallait oser, ici, parler de ce qu'il était préférable de taire, en société. Ces choses là, à mon grand regret, m'inspiraient profondément, trahissant ceux qui me croyaient capable d'une légèreté quotidienne. C'était une chose que je ne savais pas faire : être légère. J''estimais que cela ne me secourrait pas et m'empêcherait de ressentir, à fleur de peau.


Alors, pour exhorter, j'écris. J'écris à l'imparfait des thèmes qui le sont tout autant.


Je parle avec plus de facilité, au présent, des choses qui écorchent, à vif. Oui, je crois bien être une écorchée. Une de ces femmes incapable d'aimer, qui pleure vite pour peu et qui éprouve, pour tout. Ne pas savoir aimer retient, trop loin, trop longtemps, ceux qui engageaient le sentiment en espérant une réponse effective et insouciante. C'est un drame aussi, que de s'en rendre compte, pire d'en parler ouvertement.


Mon cœur est écorché et bat plus au rythme d'échecs répétés que sur d'heureuses sonates. Être écorchée c'est finalement ressentir deux fois plus, dix fois, cent fois, et ressentir deux fois plus le tourment que ceux qui parviennent à le contourner, c'est déchirant.


Je parviens plus à écrire en m'aidant de mélancolie, de grisaille et de morosité. C'est ainsi et je crains le reproche. Je suis, aujourd'hui, fatiguée de ne pas réussir ou d'autres excellent. Je suis lasse de tant de complications et outrée des importances matérielles qui rôdent autour du sentiment. Je le trouve détérioré, fragile, insaisissable, difficile et torturé. Souvent, je me demande pourquoi il est si dur de parvenir à se faire aimer quand il est si simple de se faire détester. On déteste trop facilement. On hait, on maudit, on peste si vite... C'est un drame de ne pas parvenir à rendre le sentiment doux, quotidien, docile, permanent, et accessible. Est-ce de la timidité ? De la fainéantise ? Aimer provoquerait donc un malaise et détester, une jouissance ? Tout cela est intolérable. Les excuses viennent ensuite et on les accepte parce que l'envie d'oublier se fait sentir, parce qu'il est merveilleux de s'aimer après s'être abhorré. Parce que nous sommes stupides de préférer le conflit et la provocation, à la bonne entente. Je crois que le conflit prête à la discussion, alors que l'amour existe, lui, dans la simplicité et le silence.


Oui, tout cela est intolérable.

Texte publié à la suite d'une relecture impromptue.





17/10/2008 2:18
"Je vous parle d'un temps..."  3 commentaires

J'usais et j'abusais du temps qui passait. Les heures qui défilaient, les minutes qui trottaient, les secondes qui détalaient, aujourd'hui, me profitaient bien. J'en faisais bon usage pour une fois et les retenais, tant bien que mal, pour m'éviter de les regretter. Si je me souciais d'allier au temps qui passe, la bonne aubaine, d'autres, apparemment, s'attelaient à le gâcher, à le perdre, à le martyriser.

Le temps décampait à une allure folle et avait la sale manie de faire trop souvent déplorer l'abus de sa perte. Pour certain, le gâchis provenait de la paresse, pour d'autre, du débordement, ou encore du mauvais calcul.

A mon goût, perdre du temps était stupide.

Je le trouvais précieux et rusé. Car, sans se dissimuler, il narguait de l'aiguille discrète, du tic-tac austère et de l'agaçante trotteuse, notre désolation à ne pas pouvoir le défier, quoiqu'il advienne.

Le temps me permettait d'admettre que j'étais en retard, ou, qu'à contrario, je devenais le sujet de quelques expectations. J'aurais apprécié qu'il octroie, aux prétentieux qui le défiaient, l'ubiquité, afin de m'éviter soit une pénible attente, soit une inquiétude peu considérée.

Si je le priais parfois de s'attarder sur de merveilleuses minutes il prenait un malin plaisir à dévorer le cadran à la vitesse de la lumière. Oui, il est des moments où le temps passait trop vite et d'autre où il laissait l'impression de la somnolence.

C'était une entité contrariante, incontestablement là, sur des cristaux liquides, une horloge, une montre, qui ponctuaient nos existences ou envahissaient l'imagination d'une facilité déconcertante. Les minutes trop longues arbitraient les scénarios les plus fous face à de véritables situations liées au temps de l'autre, des autres.

L'idée d'évoluer, à plusieurs, dans une même ère, en l'utilisant différemment était une évidence mais, en même temps, le dictat impitoyable imposé aux anxieux, comme moi.

Le vice de cette essence était exaspérant : on se posait des questions quant au devenir du retardataire et, plus l'individu s'obstinait dans le mépris - total et souvent involontaire - de notre tourmente, plus nous étions tourmentés. Le temps, alors, devenait lourd, pesant, angoissant et laissait libre cours à des hypothèses grotesques, possibles, envisageables, éventuelles mais jamais certaines.

Tout cela était peut-être de l'égoïsme ? A trop vouloir faire partie du temps de quelqu'un, j'en punissais le mien. Et quand, enfin, le calice était bu jusqu'à la lie, je m'apercevais alors  de l'absurdité de la situation, de ce qu'il m'en coutât d'envisager, à l'excès, le scurrile dessein de celui ou celle que j'attendais.

J'imagine que le temps forge les caractères et les états d'âme. Remercions-le, en tous les cas, de nous accorder le meilleur de nos existences, à l'éphémère comme au long terme et le beau sillage d'une attente qui a pu s'avérer exquise. 





04/10/2008 12:42
Paname, Paname, Paname  3 commentaires

Paris la Grande, Paris tentaculaire, Paris riche et pauvre, mon pari de l'an 2000, mes dix ans dans la capitale. Tout cela porte à réflexion, un peu beaucoup, beaucoup trop. Ma décennie parisienne avait été tantôt belle, d'autre fois hideuse, grise ou ensoleillée, fatigante et éprouvante, souvent pluvieuse.

Je connaissais Paris sous ses astres les plus beaux, du Pont Neuf jusqu'à la tour Eiffel, du Boulevard Saint Germain à Notre Dame, de République à Bastille, de la Place Vendôme à l'Opéra Madeleine, sous ses très hautes coutures, sous ses éclairages fabuleux à ceux, plus timides, des ruelles désertes qui mènent, soudain, au coeur de la ville, au brouhaha des gens, des mendiants, des fous, des reines, des salauds.

Je savais Paris odieuse, égoïste, menant la foule par le bout du nez, dans le métropolitain. Automates, fâtigués, usés du temps qui passe et des vapeurs citadines, aller d'un point A à un point B, sans perdre de temps, vite, très vite, courir, s'essouffler, attendre, espérer un regard, un sourire, un merci, savoir que l'on existe, ici, à Paris.

J'avais fréquenté Paris populaire, ses marchés, ses gens biens, biens polis, biens jolis, biens lotis, ces gens qui, après un « à combien vous me le faites ? », donnent la pièce aux nécessiteux souriants, laissant croire que les choses ont un peu évoluées parce que, quand même, ils sont moins estropiés.

J'ai connu Paris bourgeoise, appartements spacieux, vue sur la Seine et l'île Saint Louis, ce Paris qui agace, qui soupire, qui respire, insatisfait, qui oublie vite et fait oublier, qui fait dire qu'on aimerait bien, aussi, pouvoir se lever, et voir l'aube splendide de ce Paris si joliment pavé, gracieux, fleur bleue, le bon côté.

J'avais usé le métro, les barre de fer grasses, les tags, les tripodes, les escaliers, les couloirs à perte de vue, j'avais senti le caoutchouc brûlé et foulé le sol noir, les tapis roulants, Montparnasse, Louvre-Rivoli, Saint Michel, Saint Placide, Saint Sulpice, Châtelet les Halles, Concorde, Bastille, ligne une, deux, trois, quatre, dix, douze, bus, tram, péniches, périph, maréchaux, taxis.

Je savais Paris fidèle, à elle seule, égoïste, sans gêne, égocentrique, narcissique, liée à sa folie, schizophrène, noble, glorieuse, magnanime, adulée, adorée, insultée, et salie.

J'avais vu Paris hostile, trottoirs délabrés, rues étroites, humides et sales et lugubres et pénibles, personnages sinistres, Gare de l'Est, Gare du Nord, garde des âmes échouées, ici et là, réplique de la cour des miracles, estropiés, voleurs, escrocs, clochards, pommés, perdus, oubliés, à jamais.

Paris, celle qui arrache, dépèce, inhibe, révèle, rend libre, dévoile, le Paris des Homos, des Hétéros, du sexe, de la fête, le Paradis Latin, l'Aventure, Régine, ici, les faux amis, là, les faux amours, les connaissances, les rencontres fortuites, l'inattendu, l'espoir, le désespoir, les larmes, le superflux, le superficiel.

Paris, berceau de la solitude, on se sent seul à Paris et pourtant on est tellement. Paris, les milliers d'appartements allumés, les digicodes, les interphones, bâtiment A, B, C, escaliers droites, gauches, rez de chaussée rue, rez de jardin cour, gardiens d'immeuble, porte cochères.

Paris bouchonné, bloqué, stoppé, arrêté, Paris gréviste, manifestant, revendicateur, révolté, CPE, SANS PAPIER, LOGEMENTS, SALAIRES, ETUDIANTS, eux pour nous.

Paris littéraire, Sagan, Sartre, Proust, Molière, Mogador, Bouffes Parisiens, Paris artistique, Doisneau, Ronis, Cartier Bresson, Hotel de Ville, IMA, Paris cinéma, Testud, Bacri, Jaouy, Baye, Huppert, Frot, Carré, Jacob, Campan, le Grand Rex, Paris agréable, Beaubourg, Place des Vosges, Louvre, Montsouris, Tuileries, à l'aube et désert, fluide et passif, reposé mais éreinté, vidé, las.

Paris romantique, fait bondir les coeurs, suscite l'amour, éveil l'attrait, l'idée, la bonne idée, donne l'envie du vertige, des nœuds au ventre, des demandes en mariage sur les quais, des couples qui s'embrassent, sur les Champs Elysées, à la brasserie, au bistrot parisien, en secret, aux Abbesses, à Montmartre, comme Amélie Poulain.

Paris touristique, qui envie, qui s'émerveille, toute l'année, tout le temps, toute la vie, photographié, épié, usé, paparazzis d'un jour, saisir, vite, la bonne image, le souvenir, là, tout de suite, maintenant, immédiatement. Poser, seul, tous, avec toi, avec moi, avec lui, avec elle, sous l'Arc de Triomphe, devant l'Arc de Triomphe, triompher de son séjour à Paris, en partir, y revenir, parce que Paris restera toujours Paris.

Paris impossible, impossible de l'adopter, de l'approuver, juste facile de l'éprouver, de subir, d'essayer, puis de la détester, de l'injurier parce que c'est trop dur de la vivre et d'y rester, de l'aimer comme elle nous déteste, de faire comme si, on était bien, ici à Paris.





17/09/2008 22:38
L'ataraxie d'Eve  1 commentaires

Encore, toujours, je cherchais une juste définition du bonheur. Ce mot, aux syllabes douces et au sens finalement bien caché, me laissait pantoise, pensive, bouche bée.

De ma bouche en coeur et du bout de mes lèvres, je prononçais le mot, me persuadant de son bien-fondé, qui d'une certaine manière, n'était pas si transparent. Toucher le bonheur du bout des doigts, ajuster les nuances du mot à sa difficile accession, tenait plus de l'écueil que de l'éloquence.

Le bonheur était donc une philosophie. Il s'opposait, par delà l'évidence, au malheur, que, bien entendu, je fuyais comme la peste malgré le fait, que lui, avait une tendance à la persécution.

 Il fallait être fou pour aimer le malheur.

J'avais écris, il y a quelques mois, une « critique du malheur » laquelle faisait du bonheur, une petite douceur de tous les jours, à consommer sans modération. J'avais atteint, à cette période, l'apogée de ma quête : le bonheur était simple quand je parvenais à en critiquer, trop facilement son cruel opposé. En même temps, quand j'attrapais le bonheur, à la volée, et que par miracle, il tenait la distance, je craignais qu'il ne m'échappe, qu'il disparaisse, qu'il s'éteigne, comme une peau de chagrin, et que seul son souvenir investisse la cadence de ma vie.

Pour l'avoir connu, j'en gardais l'arrière goût, et l'altération positive de mes humeurs. Quand le bonheur me fuyait, je rêvais à sa résurrection, et quand il était à portée de main, je crois bien que je le négligeais. Au lieu d'en prendre soin et de cultiver sa jolie présence, je le souillais avec des problèmes d'une toute autre ampleur que ceux qui avaient, par le passé, un réel sens dramatique.

Protéger son bonheur était une cruauté du sort. J'imaginais le bonheur, bien présent, limite palpable, comme le mythe de Sisyphe. Je voulais pourtant prendre pour acquis, comme les optimistes de notre temps, que le bonheur était  une chose simple si on le voulait bien. Une fois de plus, c'était le piège. Mon mode de pensée allait à contre-courant, puisque, en éternelle pessimiste et dramaturge, je partais déjà avec un handicap. 

Par définition, les natures pessimistes ne connaissent pas le bonheur, elles essaient pourtant de voir le contentement, la délectation, le ravissement et la béatitude, avec l'envie sincère de les estimer à leurs justes valeurs. Mais c'est l'essoufflement qui les gagnent, le découragement et le manque certain de confiance en soit.

J'en étais donc là. A me demander encore ce que voulait dire ce mot, à aborder son sens de la mauvaise manière, malgré l'envie irrésistible de me l'approprier.

A mon goût, le bonheur ne s'approprie pas, il est juste un des précieux défis de la vie.

J'imagine parfaitement A et M s'alarmer à la lecture de ce texte. J'espère de tout coeur qu'ils comprendront qu'il s'agit là d'un thème comme un autre, que je traite à l'aide d'une philosophie qui m'est propre, thème je décortique à ma façon. Pas d'inquiétude, je vais très bien.


24/08/2008 18:02
Les Cons.  5 commentaires

Je n'écrivais plus depuis un certain temps, car, quand ce n'était pas l'inspiration qui me manquait, c'était l'origine même de l'inspiration qui me dégoûtait. Toutes ces choses que je constatais, tout ces comportements que j'observais, tout ces évènements qui étaient liés ou non à ma vie, m'incitaient à ne plus écrire et importunaient mon humeur créative.


Mon retour de vacances ne m'avait pas aidé, à Paris. Je restais coincée sous le soleil du sud et son ciel d'azur, ses criques polynésiennes et ses cigales, ses odeurs de pins, son insouciance. Je prenais de désolantes postures, dignes d'une héroïne solitaire et désabusée, qui n'avait rien de mieux à faire que d'écouter le calme olympien du mois d'Aôut à Paris.


Je m'ennuyais sévèrement. Et, à mon goût, comme de l'ennui, naissait la réflexion, je ne trouvais pas mieux que de m'interroger sur le bien fondé de certains évènements de ma vie, souvent provoqués par des rencontres, qu'avec du recul, j'aurai dû éviter.


Bêtement, en fait, je m'interrogeais sur les cons, leur surprenante manière de l'être, et leur étonnant dépassement de soit pour accéder à la bêtise. L'avais-je moi-même été ? Je faisais le détail du nombre de cons qui avaient croisé ma route et je me disais que j'aurai préféré qu'ils ou elles passent leur chemin.


Quoique.


Je considérais la connerie comme une discipline, un sport, une vertu. J'imaginais le con, travaillant sa victime au corps, préparant de salasses répliques, attendant le bon moment et la bonne personne pour faire éclater, brillamment le croyait-il, la couillonade inattendue. Et je me disais que, nous autres, par simple solidarité, riions de la bagatelle pour lui éviter le drame. C'est ainsi que le con ignore qu'il l'est. Il est question ici du con sympathique, le con qui l'est un jour sur deux, possédant tout de même quelques élans de lucidité pour l'aider à briller en société de part son humour gras, qu'il trouve, lui, désopilant.


Quand au con qui faisait exprès de l'être, alors ça, c'est une autre histoire.

Le con « comédien » est plus agressif que drôle. J'avais d'ailleurs passé quelques mois en compagnie d'un con de ce genre. Le genre de con qui pose des questions stupides, devant lequel- et par là même, lesquelles - on reste bouche bée. Le genre de con qui rend le quotidien stressant, horripilant, et fade. Le genre de con qui sait qu'il l'est et qui ne se donne pas les moyens de ne plus l'être. Comme s'il se complaisait dans ce vil comportement. Cependant, vu que la conne réflexion que j'étais en train de me faire m'aidait à écrire, je me disais que je la devais à tous ces cons et je me demandais, si au contraire, ils ne m'avaient pas aidés.


Car si je n'avais pas croisé la route de mon dernier con, je me serai ennuyée quelques mois. Car le con, le vrai, demande une attention toute particulière. Le vrai con est un théâtre à lui tout seul et offre le spectacle, gratuitement, au petit bonheur de son espièglerie. Si l'on ne réagit pas face à un vrai con, sa causticité perd de sa superbe et alors, il devient moins con. Certes, cette riposte pouvait aider à l'accalmie mais ce n'était pas pareil. Je l'avoue, parfois, je me demandais si mon con avait égaré son sadisme dans les méandres de son l'intellect, s'il avait baissé les bras devant mon silence, en bref, s'il n'était pas déçu d'être confronté à plus con que lui. Alors, parfois, il tentait une approche, caustique, mais pas assez subtile à mon goût, puisque je sentais le coup de traffalgar à plein nez. C'était comme si l'atmosphère avait mis en suspend les stigmates du pédantisme, laissés au repos la veille pour qu'ils soient meilleurs le lendemain. L'effet était magistral : mon con crevait l'abcès d'une bassesse bien réfléchie et tel un héros de seconde zone, était fier de son coup de maître.

Je me dis que j'ai été bien conne de m'encombrer d'un con si longtemps, mais, que, quand même, je le remercie de m'avoir inspirer ces quelques mots.


Finalement, valait-il mieux être le con où le souffre douleur du con ?

 


14/07/2008 11:38
Ma Plus Belle Image  0 commentaires

Quand tout va mal, j'aime à me rappeler d'un moment court, délicieux, suave. En ne faisant aucun effort de mémoire, en fermant les yeux, en écoutant le silence que je brise avec un air d'Henri Salvador, je vois une plage en Corse, à dix heures du matin, désertée et je bois un café. Juste un petit café au soleil, au bord d'un coin de paradis. C'est délicieux, c'est reposant, et ça se passerait presque de commentaire.


Texte inspiré par Misterfred, Ce matin là.


13/07/2008 20:08
C'est fou.  0 commentaires

Il apparaissait que j'étais une artiste. Je ne niais pas avoir en moi ce brin de folie nécessaire à la créativité. C'était justement dans ce « brin de folie » que résidait un problème de taille, une inquiétude qu'il me paraissait utile d'étudier pour mieux l'accepter. Car si l'inventivité, dans quelque domaine que ce soit, impliquait fatalement une infime source d'hystérie, je n'en restais pas moins sceptique voire, terrifiée. Non, je n'étais pas atteinte d'une quelconque folie, passagère ou inéluctable, je ressentais juste le besoin de m'exprimer, d'unir la justesse des mots à ma vision du monde, des hommes qui le peuplent et de ce qu'ils en font.


L'observation à outrance et manifestement irrépressible aboutissait, pour ma part, à des élucubrations littéraires en tout genre. Et c'était dans ces moments là que je comprenais fort bien que la créativité dépendait de l'inspiration du moment, de ce que mes anonymes compagnons de route me laissaient entrevoir de leur existence, de ces agissements insolites qui, parfois, dépassaient l'entendement, ce qui me laissait penser que je n'étais atteinte d'aucune forme d'aliénation.


Encore un paradoxe surprenant quand on recherchait à rendre l'art esthétique. Car il ne se déroulait pas toujours de jolis instants et quand, à la dérobée, je m'emparais de ce qui m'interpellait, je n'étais pas fière d'en pondre autant de lignes. C'était en ce sens là que j'estimais que l'art perdait de sa superbe en entrechoquant de si simples verbes à de si cruelles situations.


Certains épisodes, émaillés de preuves presque bucoliques, aux allures de cartes postales contrebalançaient heureusement l'éphémère contenance des périodes grises. De quoi soulager ma mauvaise conscience de se rassasier artistiquement de peines visibles à l'œil nu qui n'avaient pas d'autre alternative que se dénuder, publiquement.


Je pourrai finalement croire que la création incluait un peu de folie puisqu'à trop réfléchir sur les injustices dont je ne dépendais pas, sur les malheurs dont j'en réfutais, à juste titre, le tort, je transcrivais néanmoins ces inspirations brutales, en les écrivant. Je me disais qu'il fallait être un peu fou pour prendre du plaisir là où il n'y en avait pas. En fait, c'était plus de l'égoïsme car un esprit peu artistique ne se réjouirait pas de tant de malheurs. Je me consolais avec certaines éminences de la photographie, de la peinture ou de la musique qui racontaient comme personne les résultats de leur inspiration au grand public en supportant de s'entendre dire qu'ils étaient torturés.


Quelque part, l'artiste est ainsi. Sans doute a-t-il, lui aussi, ses instants malheureux qu'il rêverait de voir écrits ou photographiés. Il paraît qu'il faut de tout pour faire un monde et le brin de folie en fait surtout partie...



26/06/2008 0:07
Panne de Mots  1 commentaires

J'étais en panne d'inspiration. Les mots me manquaient et je passais mon temps à écrire des phrases puis pressais frénétiquement la touche «suppr», insatisfaite. Un mot posé, un mot effacé, un mot posé, un autre effacé et ainsi de suite.


Le pire, c'est que les idées ne me faisaient pas défaut : elles germaient, toute la journée, par dizaine alimentées de saynètes balnéaires forts curieuses qui méritaient une attention toute particulière. Des personnages hauts en couleur nourrissaient mon esprit inlassablement vide, de leurs querelles de couples, de leur nudité parfois dérangeante, d'une nonchalance latine et d'un amour familial démesuré. Ce que je voyais me faisait penser que la filmographie d'Almodovar , au demeurant caustique, n'avait rien de si excessif.


Je remarquais aussi que les Espagnols avaient beaucoup d'idées, eux, mais une étrange façon de les réaliser.


Je trouvais qu'ils compliquaient les choses. Chez les Espagnols, un problème devenait celui de tous, de l'arrière Grand-Mère au dernier Petit-Fils, et toutes discussions, à la base constructives, déviaient vers des horizons insolites où l'ombre d'une conclusion était bien rare.


Trouver une solution rapide ne faisait pas partie de l'art de vivre Ibérique.


Je me demandais comment une région si historiquement riche, avait pu construire autant de monuments avec une telle désorganisation...

Peut-être était-ce la clef de la réussite ? La certitude que quinze têtes valaient mieux que deux était un peu difficile à admettre. Encore plus difficile lorsque toutes les têtes se mettaient à penser en même temps et surtout, à très hautes et intelligibles voix.


J'étais donc le témoin inopiné de la création d'un authentique tableau hispanique, in vivo, révolutionnant la simple circonstance en mélodrame chronique.

Finalement, c'était un cadeau que me faisaient mes racines, en ravitaillant ainsi mes neurones assoiffés de renouveau. J'avoue avoir profité pendant plusieurs semaines du quotidien de mon Espagne, vivant la nuit plus que le jour, m'offrant un laxisme exceptionnel, permettant à mon stress quasi endémique de se perdre à son tour dans les lois méditerranéennes, aussi étranges puissent-elles être...


Texte écrit à l'aide de mon Père.

 

 

 

 

 

 

 

 


25/06/2008 0:16
Les Mots Doux  2 commentaires

Je m'interrogeais sur la valeur des mots, leur poids, leur sens, leur impact, leur force et leur faiblesse parfois. Le choix d'un mot est lourd de conséquences car le pouvoir de qualifier le ressenti par un seul et unique mot est, à mon goût, comme défier la sensibilité de celui qui l'écoute.


Il est tellement simple de parler sans réfléchir et donc, tellement simple de faire du mal. Sans doute et à l'inverse, si compliqué de faire le bien. Je remarquais que l'être humain avait une facilité déconcertante à user d'allocutions négatives mais une étrange difficulté à faire l'inverse. A qui la faute ? Aux mots ? À un manque cruel de vocabulaire ? En pensant à la chose, je me disais que la complexité résidait dans une forme de honte, où, peut-être, de timidité. Les êtres humains avaient de plus en plus de mal se dire des mots doux.


Je ne blâmais personne.

Un mot doux. Rien que l'adjectif résonnait à mes oreilles comme une saison de Vivaldi. Il y a dans le mot «doux» une consonance délicate et une phonétique gracieuse qui s'accordent à la perfection avec la finalité de sa prononciation. Cet examen du terme me rappelait J. M Ribbes traitant de l'importance de la lettre T dans les mots et indiquant «qu'un mot sans T est un mot qui va bien». Et pourtant : «je t'aime» contient la lettre T...Alors Monsieur Ribbes, que fait-on de l'exception qui confirme la règle ? «Je t'aime» est bel et bien un mot doux et dire «Je t'aime» c'est à l'évidence apporter la preuve d'un état d'esprit peu contrarié...


Le mot doux supportait pourtant une cruelle ambigüité. Silencieux, il faisait mal. Et trop souvent, il fallait le deviner, le supposer, le chercher, faire comme s'il était dit alors qu'il était tût. Il n'était pas à la portée de tous. J'imaginais qu'un groupuscule militait, discrètement, contre ces mots doux trop souvent oubliés, se battait, malgré les tristes revendications du mouvement adverse, contre le dialogue tendre accordant sa part de certitude et de sécurité.


Je pensais à ceux qui n'avaient jamais entendu un seul mot doux de leur vie...A ce titre, ce petit texte, écrit à la demande de Tony, s'adresse aussi à ceux pour qui les mots doux sont inexistants.


 

 

 

 

 


16/06/2008 18:32
L.O.V.E Technology  1 commentaires

La nouvelle rubrique d'un quotidien parisien avait attiré mon attention. Des coups de foudre, pour l'heure, à sens unique s'adressaient à des citoyens et citoyennes lambdas et des mots doux étaient déversés sur un papier recyclable. Je trouvais curieux qu'il faille passer par l'anonymat d'un pseudonyme pour crier son amour à un inconnu.


Le mode opératoire me dépassait par cet étrange paradoxe qui, à mon avis, traduisait un réel besoin de communication. Je trouvais l'idée séduisante grâce à ces auteurs d'un jour, d'une heure, qui, désireux de déjouer une timidité maladive, préféraient nourrir notre curiosité par un passage à l'acte courageux.


Cependant, je concluais à l'échec cuisant de ma génération qui communiquait de manière virtuelle, par le biais de courriers électroniques, de textos, de forums, de blogs, de messageries instantanées, de sites de rencontres, de courrier du cœur... Tout cela m'attristais même si je faisais partie de ceux qui profitaient au maximum de ces nouvelles technologies à double tranchant.


A mon goût, les trentenaires détournaient le problème. Certes, nous devenions une tranche d'âge majoritairement célibataire mais surtout, une entité livrée à elle-même, coincée entre le travail et les transports en commun. Le concept «métro, boulot, dodo» nous écorchait vifs. Le temps faisait son œuvre, interférait sur un mode de vie que nous espérions secrètement plus sain, plus zen, plus...romantique (?)


Pourtant, si autant d'outils étaient mis à notre disposition, si des journaux gratuits tendaient la perche à nos âmes esseulées, si les sites de rencontre fleurissaient et infestaient nos boîtes mails sans que nous y adhérions, il était évident que nous faisions face à un problème de taille tout en optant pour la politique de l'autruche. Regardons-nous sans nous regarder, aimons-nous sans nous aimer vraiment, parlons nous avant de nous plaire...Je trouvais cela pathétique et je comparais ces technologies nouvelles à un kit de survie. Nous abordions la chose sans trop nous dévoiler, attirant, par des déclarations, pas toujours délicates, des cœurs que nous espérions solitaires et solidaires des nôtres.


Où était donc passé le charme fou des rencontres fortuites qui nous poussait à la discussion ? Qui avait volé l'authenticité d'une jolie rencontre ? Parfois, on voudrait que ce soit comme dans les films, c'est tout comme, mais dans le métro...




16/06/2008 12:49
De l'art d'être poli  3 commentaires

 

A arpenter les rues de la Capitale, je remarquais que la politesse n'était pas le fort de mes concitoyens. Je me disais que nous n'avions pas du être élevés sur la même planète. Même si je faisais l'effort d'être polie envers mon prochain, ce qui sous-entendait un certain savoir vivre, le retour de manivelle se faisait rare, quasi inexistant, invisible.

Je divisais Paris en trois zones de Politesse, chics, bobo, populaires, et, selon mon humeur, passait du temps dans l'une ou l'autre selon le besoin de reconnaissance.

Les limites de faubourgs ne se tenaient qu'à un pas géographique et la politesse de chacun, à un fil. Elle changeait du tout au tout, en une rencontre, en une seconde.

Dans les quartiers chics, je percevais une revendication sage, discrète et élégante d'un impressionnant pouvoir d'achat qui impliquait une politesse à sens unique, une politesse impolie. Les Bonjour, Merci, Au Revoir tant attendus, en retour d'une locution sympathique, prenaient une route inconnue, se perdaient dans de flous détours et finissaient par n'être ni prononcés, ni même supposés. C' était agaçant.

Chez les Bobos, je prenais conscience que la courtoisie urbaine s'exprimait au gré des envies et répondait à ses semblables avec une sincérité, parfois ridicule, et un élan du cœur que l'on n'envisagerait pas en d'autres circonstances. Plus on appréciait l'hôte, plus on était poli avec lui. La conséquence linguistique était musicale, presque chantante : merci (iiiii), au revoir (oirrrrr), bonjour (ouuuur). Par principe et eut égard à cette population qui se pliait trop souvent aux vestiges des années soixante-dix (Woodstock, mon Amour «Trois jours de paix et de musique (...)Promène-toi pendant trois jours sans voir un gratte ciel ou un feu rouge (...) Fais toi bronzer (...) Respire l'air pur.»), je restais tolérante, ayant une pensée sincère pour mes aînés qui s'étaient exposés au pavé parisien.

Dans les quartiers populaires, la politesse était polyglotte et exprimée au moyen de cris, d'une fenêtre à l'autre, d'un trottoir à l'autre, souvent accompagnée de mains sur le cœur. La politesse se faisait entendre, un peu trop parfois. Elle était excessive, mais, sans le moindre doute, authentique. On était poli avec tout le monde, même avec ceux que l'on ne connaissait pas.

Il existait cependant des exceptions au manque de savoir vivre parisien. Et pour cause : j'avais été victime de cette mauvaise réputation car l'on m'appliquât injustement, la thèse du «il vaut mieux l'avoir en journal».

Alors que j'allais prendre le métropolitain et traversais les tripodes, je tenais la porte à un couple de touristes Français, perdu, le nez dans un plan. Ils m'avaient vu, leur tenant cette fameuse porte mais ne se dépêchèrent pas pour autant. Je ne pu m'empêcher de leur faire la remarque de ce manque de politesse en soupirant. L'homme s'exclamât : «Chérie, la jeune fille soupire parce que tu ne lui as pas dit merci...ces parisiens, c'est incroyable, ils ne sont jamais contents et ils font toujours la gueule ».

Finalement, je m'interrogeais : La politesse avait-t-elle un prix ? Etait-elle exprimée en fonction de la caste ? Etait-ce un moyen d'obtenir ce que l'on désirait ? Etait-on poli par reflexe ? Par intérêt ? Par nature ? Civiquement votre...


06/06/2008 14:24
La Vache !  6 commentaires

Il est des phobies que je considérais comme normales, celles, que j'ai eu, que vous avez eu, que nous avons tous encore.

Enfants, nous craignions la pénombre, les monstres des placards ou ceux sous notre lit, les fantômes, à qui nous prêtions de mauvaises intentions, les piqûres d'une brave doctoresse, les dentistes, les serpents, les araignées.

Pour ma part, ce sont ces dernières qui me paralysaient depuis qu'une épeire velue s'était posée insidieusement sur ma joue en descendant de son fil de soie. La bête s'était approchée de mon œil et avait tenté d'y insérer une de ses pattes.

J'étais devenue une tueuse d'arachnides et croyais à ce proverbe léger :«araignée du matin, chagrin, araignée du soir, espoir».

Forte de cela, je ne traitais pas avec la bestiole, nocturne ou diurne, je lui refusais catégoriquement l'hospitalité du moindre recoin de mon logis, sans jamais parlementer.

Je l'achevais à grands coups de balais, attendais sa fin imminente et était réellement soulagée de ce veuvage par procuration.

La phobie me rendais cruelle alors, que de nature, je ne l'étais pas. Pourtant, les aranéides me fascinaient. Je me demandais comment était-il possible qu'un être vivant aussi petit puisse provoquer des peurs paniques chez un adulte, bien plus grand. Je décortiquais intellectuellement ce prédateur, parcourais les articles qui le concernait et m'apercevais qu'il ne faisait pas l'unanimité. Il détenait d'innés stratagèmes, tendait des pièges dégoûtants, empoisonnait ses proies, et effrayait, par son physique ingrat, une grande majorité de la population féminine.


J'ai soulagé ma conscience de cette aversion en discutant avec un ami, curieuse de savoir s'il partageait mon avis sur la question. Et avec une galante précaution, il me répondit «j'ai peur des vaches». Il me fît le résumé de ses folles aventures, prêtant à l'attendrissant bovidé des travers que je ne soupçonnais pas. Il concevait le ruminant comme une bête maligne et diabolique, certain qu'il lui vouait une réelle hostilité. Réellement touchée par ce témoignage laitier, je ne manquais pas de rire aux larmes, en imaginant S. se faire charger par delà la clôture d'un pré, paralysé face à l'attaque d'une Normande aux yeux doux.


Je me disais qu'à quelque chose, malheur est bon : sa phobie dite «spécifique» ne risquait pas d'altérer son quotidien à l'inverse de la mienne qui se faufilait, rampait, tissait, chatouillait. A moins d'une ballade campagnarde, chose rare dans la Capitale si ce n'est le salon de l'Agriculture, il était couvert de toute agression potentielle...la vache !!


Nota : Ce texte avait été promis à S, à qui je souhaite un bon voyage. Je crois que là où tu t'envoles, les vaches ne courent pas les rues mais plutôt la forêt Amazonienne...


31/05/2008 21:42
Qu'on se le tienne pour dit  0 commentaires

Avec les années, je me rendais compte que je devenais nostalgique. Cet état d'esprit tournait à l'art de vivre et à l'obsessionnel. Mon présent était parasité des vestiges de mon passé, de ma maigre expérience humaine et de mon engagement exaspérant à ne pas oublier ce que je m'étais juré d'ensevelir, avec le temps.

 

Ma vie était intoxiquée de musiques rétros, de photos jaunies, de lettres d'amour et d'amitié laissées, pour la plupart, sans réponse, d'objets autrefois adorés et à présent détestés, d'odeurs fortes d'un aura incommodant tant celui ou celle qui les portaient, m'incommodaient.


Je restais sceptique quand au bénéfice que me léguaient mes antécédents personnels et pour cela, je décidais de me méfier du temps qui passe en faisant en sorte de ne pas me trouver au mauvais endroit, au mauvais moment.


Il était évident que je me voilais la face en étant convaincue que je parviendrai à me détourner du destin et de son étrange fatalité. A bien y réfléchir, la chose était inquiétante. Je n'étais que maîtresse de mes choix, pas des évènements. Je pensais soudain à cette nouvelle génération bourgeoise-bohème qui, sans doute consciente de cet énigmatique casse tête temporel , avait pris le parti de ne pas se soucier des lendemains. J'étais en admiration devant cette prédestination à la légèreté et à la banalisation de l'adversité. Quel talent ! Cette attitude était sans doute la bonne. J'avais envie de me laisser tenter par cette douce philosophie, cette allégresse si bénéfique, cette affabilité à maîtriser, sans le vouloir expressément, l'ultériorité de l'existence.


Aussi, pour mieux préparer mon futur présent, je me débarrassais des preuves de mon cruel passé. J'offrais à la benne tout ce qui irritait ma contemporaine cénesthésie, sans lésiner sur la marchandise. L'heure était venue de blackbouler les composantes de mes mauvais souvenirs et d'exorciser ma trentaine de toutes ces petites choses qui en avaient gâtée ses prémices.


Le combat ne se gagnât pas sans séquelles, mais les stigmates de mes dix dernières années paraissaient s'estomper avec grâce, en laissant la place à quelques moments désinvoltes, pour l'heure rares, mais incontestablement délicieux.


Je ne garderai de mes souvenirs qu'une exhalaison pacifiste. Qu'on se le tienne pour dit.


27/05/2008 23:35
Mots râpés...qui dérapent  2 commentaires

De Part et d'autre du Rap, je tentais de comprendre cet étrange langage. Moi, qui aligne des mots un jour sur deux, je décidais, avant d'exprimer une opinion capable de me mettre à dos la majorité de la population, de tendre l'oreille et de m'imprégner de cet Art qui fait mouche chez les âmes révoltées.


Je m'appliquais donc à accorder un peu de mon temps à mes cadets à casquettes en prêtant, temporairement mon précieux sens auditif à ce langage quasi révolutionnaire.


Je m'obligeais à la tolérance et par là même, à la politesse. Des mots cu rieux tels que « chanmé », « bebar », « iench » révolutionnaient ma vision du Français Classique et ma première pensée s'envolait distraitement vers une femme qui m'avait laissé un souvenir cuisant lors de mes brèves études littéraires. A cette époque, seul le mot « ouf » était abusé : « c'est un truc de ouf », « ce type est ouf », « t'es ouf ». Nous ne nous sentions pas ridicules en plaçant ce nouvel épithète à chaque émotions, inexprimables autrement.


Aujourd'hui, c'était des mots plus violents qui me laissaient pensive : « Clip 2 flingue », « Des Roses et des Flingues » ou « Sexion d'assault ». Tout cela m'inspirait le conflit, incitait au conflit et se terminerait manifestement par un, voire plusieurs conflits. (ceux là avaient déjà eu lieu, nous le savons tous)


Au final, je cessais mon interrogation littéraire et méditais sur les cruelles et malheureusement évidentes origines du Rap. Dans un but culturel et tolérant, je me renseignais sur la chose : le berceau du Rap c'était la Soul et la Funk, l'esprit contestataire et le sentiment d'injustice perduraient depuis les années soixante ! Finalement, tout allait de mal en pis. L'envie de combattre contre l'irrégularité, la persécution et l'arbitraire était une manie, à juste titre.


Je sentais que les débordements de ces quinze dernières années récoltaient la monnaie de leur pièce en s'exprimant au cœur du Rap. Pour ma part, j'estimais que le Rap allait plus loin : plus que séditieux, il défiait mon sens civique. Qui avait raison ?

Certes, je crois que je n'aimais pas le Rap, son agressivité et sa musique écorchaient vives mes esgourdes néophytes. Mais n'était-ce pas là son but premier ? Toucher, là où ça fait mal ?

Je concluais que faire du Rap revenais à râper les mots, les essorer, les user, les lessiver pour que nous en saisissions toute leur symbolique. Il était nécessaire d'écouter la machine jusqu'au bout, d'attendre le séchage pour enfin comprendre que les situations s'envenimaient et prenaient une ampleur inquiétante.


Finalement, et d'une manière générale, je reconnaissais que la musique râpée ne me plaisait toujours pas mais que certains textes, il est vrai, voulaient vraiment dire quelque chose, au yeux de certains opprimés. Les mots qui dérapent restent toujours des mots.


24/05/2008 1:17
Papilles Acidulées  9 commentaires

Petite, l'on m'apprenait que la gourmandise était un vilain défaut. Adolescente, je décrétais qu'être gourmande ne devait pas devenir une habitude. Je mangeais avec parcimonie, déplorais presque les repas de famille interminables et optais plus pour l'obligation d'être rassasiée que celle d'éveiller mes papilles.


Heureusement, cette habitude ne tarda pas à déloger sa principale fonction pour offrir à ma bouche insensible et à mon état d'esprit puéril et insensé, la découverte de l'art de la table, depuis la confection à la digestion.


Ma Mère habituait ce Sens que je m'étais évertuée à négliger en faisant des plats les plus simples, une poésie culinaire, dans la justesse de l'assaisonnement et de l'élégance. En, silence, elle laissait crépiter sur le fond d'une poêle, de petits légumes qui ne payaient pas de mine, sans laisser présager de leur métamorphose. La verdure caramélisait, mijotait, et en quelques minutes, embaumait la cuisine d'un parfum insolant qui mettait au défit ma faim de loup.


Elle parvenait à faire des miracles et changeait le mot « bouffe » en « haute gastronomie ». Soucieuse du détail et de la liaison du goût au bon goût, chaque aliment était présenté sous son meilleur jour, dans le creux d'une assiette blanche mouchetée d'une sauce colorée, aussi seyante dans sa vive tonalité que dans sa pâle porcelaine.


Lorsque je cueillais de ma fourchette, ce résultat pétillant, et que j'amenais le couvert à ma bouche, j'en avais les papilles émoustillées et c'est un sourire qui s'affichait sur mon visage au lieu d'un rictus blasé.


Je traite du petit légume, mais j'aurai aussi bien pu envisager la Noix de Saint Jacques au cognac, les Cailles aux petits oignons ou les Gratins de Fraises citronnés.

A présent, je constate que la gourmandise est un de mes arts de vivre et ma Mère, faiseuse de miracles, vit à présent de cet Art. Elle éveille, ainsi, quelques papilles abandonnées par leurs lâches propriétaires, trop souvent rattrapés par une habitude gustative soucieuse d'un gain de temps, à défaut d'une prise de conscience, le temps d'un menu gatronomique.   


18/05/2008 16:35
Un soir d'Eté  0 commentaires

J'attendais un soir d'été. En fait, j'attends toute l'année, un soir d'été. Mais ce VIP annuel se faisait attendre et narguait mon impatience à l'aide de fin de journées sombres, grises, froides, pluvieuses et apostrophait mon ennui par une absence pesante et redoutable.


Je passais la majeure partie de l'année en compagnie d'un automne classique, d'un hiver de plus en plus coriace et d'un printemps déréglé. Je subissais les saisons au travers de matins pâles qui encourageaient ma fainéantise et l'art de rester au lit.


Je ne copinais pas avec ces saisons cruelles, qui induisaient l'obligation d'une double couverture et le saisissement inattendu de frissons désagréables à chaque foulées parisiennes.


Et pourtant, il me semblait ne pas demander la lune. Juste un soir d'été, de quelques heures, au milieu de soirs d'hiver de quelques mois.


Mais il me fallait être tolérante. A défaut de mettre l'Eté sur un piédestal, je l'ignorais, lui et son indice de fiabilité ainsi que son art d'apaiser les esprits contrariés; j'entretenais une relation polie avec l'Hiver en évitant scrupuleusement de faire de ses défauts une entrave à notre bonne entente.

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La démarche n'était pas simple. L'Hiver me laissait penser qu'il jalousait la brise trop agréable de l'Eté, il lui préférait sa couleur et enviait son apaisante sociabilité parce que lui, ne permettait pas, avec autant de facilité, la réunion des Hommes un soir d'été.

 


10/05/2008 0:42
Ni Oui, Ni Non.  2 commentaires

Il me semble que nous avons tous peur du mot Non. Surtout lorsqu'on s'attend à un énorme, caricatural et imposant Oui. Pourtant, le nombre de lettres est le même et le temps de leur prononciation, identique. Chacun de ces mots revêt pourtant un aspect catégorique : le choix perd son entité, sa bonne raison et sa valeur.

Lorsque je m'entend dire Non, je ressens une gêne, un sentiment en totale inadéquation avec l'harmonie de ma pensée. Je m'étais imaginée que...Je pensais que...Il me semblait que...J'ai cru que...Mais c'est bien un Non franc et massif qui me fait face au lieu d' un simple Oui, adéquat.


Un Non impossible à contredire. Du haut de ses trois lettres, ce Non non-hypothétique, qui ne laisse la place à aucune alternative, m'alarme. Comme un bruit sourd, l'approche d'un cataclysme, l'obligation de revoir mes plans à la baisse, un Non auquel je ne m'attends pas, un Non qui m'écrase de sa petite orthographe.

De ses forces invisibles, de sa consonance effrayante, le Non réduit à néant une éventuelle négociation.

Le Non, dans sa vaine splendeur, ne laisse pas entrevoir l'ombre d'un Oui. Il enterre le Oui, l'ovale de son orthographe, le trio de sa douce réponse, son allègre finalité. Le Non, avec sa première lettre triangulaire et radicale, qui se targue de sa suprématie, comme si elle coulait d'une source d'ennuis, évoque des pensées malfaisantes, alerte l'espoir d'une réussite tant attendue pour le réduire à néant.


Et pourtant, parfois, les rôles sont inversés. Il existe des situations où le Non rassure parce qu'il veut dire Oui. Et le Oui en fait tout autant. Lui, tant espéré, dans des occasions sincères, se cache derrière un Non perdant de sa superbe, un Non que l'on tait parce qu'il est incorrect et malvenu.


La politesse arbitrerait donc le choix des Oui et des Non ? La psychologie et la connaissance de notre semblable interviendraient-elles quand il s'agit de répondre à un dilemme par le choix d'un binôme peu solidaire ?

 


 


07/05/2008 23:41
LE CAFE  1 commentaires

 

Je bois du café depuis des années. J'adore le café, noir, au lait, frappé, avec une touche de chantilly, saupoudré de chocolat, décliné en moka, capuccino, vanille. Je buvais aussi le café sucré, pure délice, adorable addiction que de faire fondre un sucre du bout des doigts, le voir mourir au fond du calice brûlant, s'éparpiller, tomber, se désagréger. J'apprenais tardivement que le trop sucré ne me serait pas bénéfique. Envisager l'absence systématique du carré cristallin dans mon café cafetière ou expresso était une torture mais la médecine me priait de bien vouloir me plier à cette exigence. Je me suis donc appliquée sans grande conviction, au détachement quasi total, du spectre diabétique.


Je faisais donc connaissance avec un goût nouveau, amer et fort; je buvais, gorgées après gorgées, le liquide dépourvu d'édulcorant, habituais mon palais à cette révolution gustative, grimaçais lorsque la boisson imprégnait mes papilles, bref : frissonais. Le plaisir n'était plus là; parti, évaporé, envolé, disparu. Ma santé mettait à rude épreuve ma gourmandise. Puis, l'habitude laissa place à la volonté, comme si l'évidence coulait dans le filtre. Je redécouvrais, peu à peu la graine torréfiée, son caractère coriace et obstiné et l'arrogance de son effluve. Le café pur me fascinait, et depuis, je parviens à le boire pur tout en lui accordant, de temps à autre, le pêché d'une touche de crème...




Caro, fonctionnaire à temps plein et écrivain en herbe à temps partiel, 30 ans, passionnée de lecture, passionnée des mots. Merci de votre passage sur Les Mots de Caro 





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