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A arpenter les rues de la Capitale, je remarquais que la politesse n'était pas le fort de mes concitoyens. Je me disais que nous n'avions pas du être élevés sur la même planète. Même si je faisais l'effort d'être polie envers mon prochain, ce qui sous-entendait un certain savoir vivre, le retour de manivelle se faisait rare, quasi inexistant, invisible.
Je divisais Paris en trois zones de Politesse, chics, bobo, populaires, et, selon mon humeur, passait du temps dans l'une ou l'autre selon le besoin de reconnaissance.
Les limites de faubourgs ne se tenaient qu'à un pas géographique et la politesse de chacun, à un fil. Elle changeait du tout au tout, en une rencontre, en une seconde.
Dans les quartiers chics, je percevais une revendication sage, discrète et élégante d'un impressionnant pouvoir d'achat qui impliquait une politesse à sens unique, une politesse impolie. Les Bonjour, Merci, Au Revoir tant attendus, en retour d'une locution sympathique, prenaient une route inconnue, se perdaient dans de flous détours et finissaient par n'être ni prononcés, ni même supposés. C' était agaçant.
Chez les Bobos, je prenais conscience que la courtoisie urbaine s'exprimait au gré des envies et répondait à ses semblables avec une sincérité, parfois ridicule, et un élan du cœur que l'on n'envisagerait pas en d'autres circonstances. Plus on appréciait l'hôte, plus on était poli avec lui. La conséquence linguistique était musicale, presque chantante : merci (iiiii), au revoir (oirrrrr), bonjour (ouuuur). Par principe et eut égard à cette population qui se pliait trop souvent aux vestiges des années soixante-dix (Woodstock, mon Amour «Trois jours de paix et de musique (...)Promène-toi pendant trois jours sans voir un gratte ciel ou un feu rouge (...) Fais toi bronzer (...) Respire l'air pur.»), je restais tolérante, ayant une pensée sincère pour mes aînés qui s'étaient exposés au pavé parisien.
Dans les quartiers populaires, la politesse était polyglotte et exprimée au moyen de cris, d'une fenêtre à l'autre, d'un trottoir à l'autre, souvent accompagnée de mains sur le cœur. La politesse se faisait entendre, un peu trop parfois. Elle était excessive, mais, sans le moindre doute, authentique. On était poli avec tout le monde, même avec ceux que l'on ne connaissait pas.
Il existait cependant des exceptions au manque de savoir vivre parisien. Et pour cause : j'avais été victime de cette mauvaise réputation car l'on m'appliquât injustement, la thèse du «il vaut mieux l'avoir en journal».
Alors que j'allais prendre le métropolitain et traversais les tripodes, je tenais la porte à un couple de touristes Français, perdu, le nez dans un plan. Ils m'avaient vu, leur tenant cette fameuse porte mais ne se dépêchèrent pas pour autant. Je ne pu m'empêcher de leur faire la remarque de ce manque de politesse en soupirant. L'homme s'exclamât : «Chérie, la jeune fille soupire parce que tu ne lui as pas dit merci...ces parisiens, c'est incroyable, ils ne sont jamais contents et ils font toujours la gueule ».
Finalement, je m'interrogeais : La politesse avait-t-elle un prix ? Etait-elle exprimée en fonction de la caste ? Etait-ce un moyen d'obtenir ce que l'on désirait ? Etait-on poli par reflexe ? Par intérêt ? Par nature ? Civiquement votre...
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