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[16/06/2008 12:49]
De l'art d'être poli

 

A arpenter les rues de la Capitale, je remarquais que la politesse n'était pas le fort de mes concitoyens. Je me disais que nous n'avions pas du être élevés sur la même planète. Même si je faisais l'effort d'être polie envers mon prochain, ce qui sous-entendait un certain savoir vivre, le retour de manivelle se faisait rare, quasi inexistant, invisible.

Je divisais Paris en trois zones de Politesse, chics, bobo, populaires, et, selon mon humeur, passait du temps dans l'une ou l'autre selon le besoin de reconnaissance.

Les limites de faubourgs ne se tenaient qu'à un pas géographique et la politesse de chacun, à un fil. Elle changeait du tout au tout, en une rencontre, en une seconde.

Dans les quartiers chics, je percevais une revendication sage, discrète et élégante d'un impressionnant pouvoir d'achat qui impliquait une politesse à sens unique, une politesse impolie. Les Bonjour, Merci, Au Revoir tant attendus, en retour d'une locution sympathique, prenaient une route inconnue, se perdaient dans de flous détours et finissaient par n'être ni prononcés, ni même supposés. C' était agaçant.

Chez les Bobos, je prenais conscience que la courtoisie urbaine s'exprimait au gré des envies et répondait à ses semblables avec une sincérité, parfois ridicule, et un élan du cœur que l'on n'envisagerait pas en d'autres circonstances. Plus on appréciait l'hôte, plus on était poli avec lui. La conséquence linguistique était musicale, presque chantante : merci (iiiii), au revoir (oirrrrr), bonjour (ouuuur). Par principe et eut égard à cette population qui se pliait trop souvent aux vestiges des années soixante-dix (Woodstock, mon Amour «Trois jours de paix et de musique (...)Promène-toi pendant trois jours sans voir un gratte ciel ou un feu rouge (...) Fais toi bronzer (...) Respire l'air pur.»), je restais tolérante, ayant une pensée sincère pour mes aînés qui s'étaient exposés au pavé parisien.

Dans les quartiers populaires, la politesse était polyglotte et exprimée au moyen de cris, d'une fenêtre à l'autre, d'un trottoir à l'autre, souvent accompagnée de mains sur le cœur. La politesse se faisait entendre, un peu trop parfois. Elle était excessive, mais, sans le moindre doute, authentique. On était poli avec tout le monde, même avec ceux que l'on ne connaissait pas.

Il existait cependant des exceptions au manque de savoir vivre parisien. Et pour cause : j'avais été victime de cette mauvaise réputation car l'on m'appliquât injustement, la thèse du «il vaut mieux l'avoir en journal».

Alors que j'allais prendre le métropolitain et traversais les tripodes, je tenais la porte à un couple de touristes Français, perdu, le nez dans un plan. Ils m'avaient vu, leur tenant cette fameuse porte mais ne se dépêchèrent pas pour autant. Je ne pu m'empêcher de leur faire la remarque de ce manque de politesse en soupirant. L'homme s'exclamât : «Chérie, la jeune fille soupire parce que tu ne lui as pas dit merci...ces parisiens, c'est incroyable, ils ne sont jamais contents et ils font toujours la gueule ».

Finalement, je m'interrogeais : La politesse avait-t-elle un prix ? Etait-elle exprimée en fonction de la caste ? Etait-ce un moyen d'obtenir ce que l'on désirait ? Etait-on poli par reflexe ? Par intérêt ? Par nature ? Civiquement votre...





Commentaires
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Ecrit par: Space Blogs | 22/11/2008 09:31

Merci ...
Merci de m'avoir entrouvert cette jolie porte ...

Bon OK! Je deviens Fan du style Caro.

J'habite dans une ville sur les côtes de Mer du Nord, un peu Paris en plus petit. Je me déplace à pieds et salue petits et grands de "Bonjour" sincères !
"Merci" à la boulangère .... Ces petits se révèlent souvent comme de petits rayons de soleil !
Et mes enfants de me dire : "Tu le connais ?"
"? Non !"
"Alors pourquoi tu dis bonjour ?"
"On ne sait jamais .... Si un jour on les connait !"
Ecrit par: Cartouche | 25/06/2008 9:54

bon petite illustration ...
Je rajoute juste un petit commentaire car par exemple, depuis maintenant quelques 5 ou 6 ans, je ne m'assois plus dans le metro et dans les bus (limite meme quand c'est vide).
Pourquoi ? Parce que lorsqu'on veut laisser sa place:
- il faut que tu previennes la personne en question car souvent elle ne le voit pas
- parfois (souvent) la personne refuse : je salue pour ca de nombreuses femmes, jeunes et moins jeunes
Donc au final afin d'eviter toute gene, car je trouve qu'on peut l'etre, et bien je ne m'assois pas, je ne m'accorde aucun merite et je vis tranquillement ma vie participant bien anonymement au confort de mes senblables par une politesse toute aussi anonyme.
Enfin ici le probleme ne se pose plus ...
PS : c'est bien d'etre poli "tout court"
Ecrit par: El Dominican | 19/06/2008 0:03

De l'art d'être poli
L'art de passer d'une extreme a l'autre : c'est aussi parfois comme cela que l'on s'exprime.
Par exemple, je tiens la porte ... on ne me dit pas merci ... je le fais remarquer ... on me retorque ... je retorque et la situation s'envenime tres tres rapidement. Et au final je lui fous mon point dans la figure alors qu'au debut je lui tenais la porte.
La fois suivante, je ne tiens donc pas la porte et bien evidemment, la personne me fera la remarque ... 2 reactions possibles, je ravale mon orgueil et j'admet qu'il aurait fallu que je le fasse mais qu'une experience recente m'a laisse d'amers remords. Ou bien je m'enerve parce que je suis un etre independant avec mes raisons et ma vision de la vie (et de la politesse) alors je t'emmerde et je fais ce que je veux !
Conclusion, je suis toujours poli et quand on m'enerve je reagis quitte a me battre et a insulter mais toujours avec beaucoup de savoir-vivre !
bisous
Ecrit par: El dominican | 18/06/2008 23:46




Caro, fonctionnaire à temps plein et écrivain en herbe à temps partiel, 30 ans, passionnée de lecture, passionnée des mots. Merci de votre passage sur Les Mots de Caro 





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