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Je m'interrogeais sur la valeur des mots, leur poids, leur sens, leur impact, leur force et leur faiblesse parfois. Le choix d'un mot est lourd de conséquences car le pouvoir de qualifier le ressenti par un seul et unique mot est, à mon goût, comme défier la sensibilité de celui qui l'écoute.
Il est tellement simple de parler sans réfléchir et donc, tellement simple de faire du mal. Sans doute et à l'inverse, si compliqué de faire le bien. Je remarquais que l'être humain avait une facilité déconcertante à user d'allocutions négatives mais une étrange difficulté à faire l'inverse. A qui la faute ? Aux mots ? À un manque cruel de vocabulaire ? En pensant à la chose, je me disais que la complexité résidait dans une forme de honte, où, peut-être, de timidité. Les êtres humains avaient de plus en plus de mal se dire des mots doux.
Je ne blâmais personne.
Un mot doux. Rien que l'adjectif résonnait à mes oreilles comme une saison de Vivaldi. Il y a dans le mot «doux» une consonance délicate et une phonétique gracieuse qui s'accordent à la perfection avec la finalité de sa prononciation. Cet examen du terme me rappelait J. M Ribbes traitant de l'importance de la lettre T dans les mots et indiquant «qu'un mot sans T est un mot qui va bien». Et pourtant : «je t'aime» contient la lettre T...Alors Monsieur Ribbes, que fait-on de l'exception qui confirme la règle ? «Je t'aime» est bel et bien un mot doux et dire «Je t'aime» c'est à l'évidence apporter la preuve d'un état d'esprit peu contrarié...
Le mot doux supportait pourtant une cruelle ambigüité. Silencieux, il faisait mal. Et trop souvent, il fallait le deviner, le supposer, le chercher, faire comme s'il était dit alors qu'il était tût. Il n'était pas à la portée de tous. J'imaginais qu'un groupuscule militait, discrètement, contre ces mots doux trop souvent oubliés, se battait, malgré les tristes revendications du mouvement adverse, contre le dialogue tendre accordant sa part de certitude et de sécurité.
Je pensais à ceux qui n'avaient jamais entendu un seul mot doux de leur vie...A ce titre, ce petit texte, écrit à la demande de Tony, s'adresse aussi à ceux pour qui les mots doux sont inexistants.
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