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J'étais en panne d'inspiration. Les mots me manquaient et je passais mon temps à écrire des phrases puis pressais frénétiquement la touche «suppr», insatisfaite. Un mot posé, un mot effacé, un mot posé, un autre effacé et ainsi de suite.
Le pire, c'est que les idées ne me faisaient pas défaut : elles germaient, toute la journée, par dizaine alimentées de saynètes balnéaires forts curieuses qui méritaient une attention toute particulière. Des personnages hauts en couleur nourrissaient mon esprit inlassablement vide, de leurs querelles de couples, de leur nudité parfois dérangeante, d'une nonchalance latine et d'un amour familial démesuré. Ce que je voyais me faisait penser que la filmographie d'Almodovar , au demeurant caustique, n'avait rien de si excessif.
Je remarquais aussi que les Espagnols avaient beaucoup d'idées, eux, mais une étrange façon de les réaliser.
Je trouvais qu'ils compliquaient les choses. Chez les Espagnols, un problème devenait celui de tous, de l'arrière Grand-Mère au dernier Petit-Fils, et toutes discussions, à la base constructives, déviaient vers des horizons insolites où l'ombre d'une conclusion était bien rare.
Trouver une solution rapide ne faisait pas partie de l'art de vivre Ibérique.
Je me demandais comment une région si historiquement riche, avait pu construire autant de monuments avec une telle désorganisation...
Peut-être était-ce la clef de la réussite ? La certitude que quinze têtes valaient mieux que deux était un peu difficile à admettre. Encore plus difficile lorsque toutes les têtes se mettaient à penser en même temps et surtout, à très hautes et intelligibles voix.
J'étais donc le témoin inopiné de la création d'un authentique tableau hispanique, in vivo, révolutionnant la simple circonstance en mélodrame chronique.
Finalement, c'était un cadeau que me faisaient mes racines, en ravitaillant ainsi mes neurones assoiffés de renouveau. J'avoue avoir profité pendant plusieurs semaines du quotidien de mon Espagne, vivant la nuit plus que le jour, m'offrant un laxisme exceptionnel, permettant à mon stress quasi endémique de se perdre à son tour dans les lois méditerranéennes, aussi étranges puissent-elles être...
Texte écrit à l'aide de mon Père.
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